1 - projet Lycée-APAELM au Tchad‏


SOUTIEN À LA BIBLIOTHÈQUE DE L’ÉCOLE ZARA AL-MALAM DANS LA BANLIEUE DE N’DJAMENA (LYCÉE MOLIÈRE DE MADRID ET L’APAELM)

« Nos livres vont connaître une seconde vie au Tchad! »


Le Tchad est un des pays les plus pauvres au monde (placé à la 183ème position des pays IDH)[1]. Le taux de scolarisation reste très faible. Seulement 28% de la population sait lire et écrire et ce pourcentage se réduit à 18% pour les femmes[2].

Pour Mustapha et sa famille vivre à la capitale est devenu trop cher. Ils se sont installés dans un des nouveaux quartiers péri-urbains de N’Djamena. La plupart des maisons sont construites anarchiquement, souvent en « poto-poto » (terre battue) avec une toiture en tôle ondulé. Le réseau d’eau potable et d’électricité est inexistant et il n’y a aucun système de canalisation, ce qui entraîne des inondations lors de la saison des pluies. Les conditions de santé sont aussi très précaires. Il n’y a pas de dispensaire de santé et les familles doivent parcourir 6Km, quelques fois à pied, pour atteindre l’hôpital le plus proche.

A la découverte du monde
Face à toutes ces contraintes et bien qu’il ne peut compter avec aucun soutien des pouvoirs publics, Mustapha n’a pas voulu baisser les bras. Il a mobilisé les familles de son quartier pour créer une petite école bilingue franco-arabe jusqu’à la 3ème, auquel il a donné le nom de sa grand-mère, Zara Al- Malam.

Lors d’une première visite au mois de décembre dernier, Mustapha nous a exprimé son souhait de construire une bibliothèque où les enfants pourraient avoir accès à différents livres afin de développer ainsi le goût de lire en liant l’apprentissage à la découverte du monde. Afin de soutenir les élèves et les professeurs de l’école Zara Al-Malam dans cette démarche, le Lycée Molière de Villanueva de la Cañada et l’association des parents d’élèves, APAELM, ont envoyé plus d’une centaine de livres, de romans, d’ouvrages documentaires qui s’adressent tout aussi bien aux enfants d’âges préscolaires qu’aux élèves de 3ème, ainsi que des manuels scolaires de français pour les CM2. Il faut savoir qu’au Tchad, un livre constitue un objet luxueux, les publications sont rares et restent hors de portée économique de la plupart des ménages.

Nous sommes retournés trois mois plus tard. Les fondations du bâtiment qui accueillera la nouvelle bibliothèque ont déjà été posées. Néanmoins, cela risque de prendre un peu de temps parce que les matériaux de construction sont extrêmement chers au Tchad. Un sac de ciment coûte 12.000 à 14.000fr CFA (18 à 20 euros) alors qu’un enseignant par exemple gagne par mois 60.000fr CFA (91 euros)! Entre temps, les professeurs ont aménagé une armoire métallique au secrétariat. Les livres qui ont remporté le plus de succès, sont les encyclopédies, les bescherelles, les livres sur les animaux ou encore les ouvrages illustrés sur le corps humain.

La biographie de Nelson Mandela
Nous sommes passés dans toutes les classes nous présenter et discuter avec les élèves sur les livres qu’ils souhaiteraient lire. Mahmat est en 4ème il nous confie qu’il a envie de mieux connaître la bibliographie de grands hommes politiques africains comme Mandela, Lumumba ou Senghor. D’autres demandent des bédés ou des ouvrages illustrés sur le football! Le simple fait que nous venions du pays où habitent Messi et Ronaldo a suscité beaucoup d’intérêt chez les garçons.

Que veux-tu devenir quand tu seras grande ?
Le taux de fréquentation des filles reste inférieur à celui des garçons, 30% en CP, 25% en CM et elles ne sont plus que deux filles en classe de 4ème sur 20 élèves. Fatime est en CM2, elle est la troisième de sa classe dans le ranking mensuel, ce qui lui a valu deux cahiers et un stylo en prix pour ses excellents résultats. Elle nous explique qu’elle veut devenir médecin, nous l’avons félicité et fortement encouragée à persévérer dans son travail. Cependant, une fois dans la cour, Mustapha nous fait part de ses doutes. Il nous explique les pesanteurs culturelles dont sont encore victimes les filles au Tchad, la pratique des mariages précoces à douze, treize ans étant encore pratique courante…

La leçon au tableau
Avec grand intérêt, les élèves de CM2 ont découvert leurs nouveaux manuels de français. Leur enseignant a souligné l’importance de la propreté et bons soins des livres. Nous avons eu également l’occasion de partager des idées avec les enseignants qui nous ont parlé des problèmes d’ordre matériel et pédagogique dont ils souffrent. Souvent ils n’ont qu’un seul manuel scolaire par classe à leur disposition, ce qui les obligent à démarrer la journée scolaire une demi-heure avant le début des cours pour copier la leçon au tableau… Ils ont insisté sur l’importance des supports visuels pour l’assimilation des concepts.

L’initiative de la création de la bibliothèque appartient entièrement à l’école Zara Al-Malam. Nous sommes seulement venu donner un coup de pouce pour les encourager à continuer à avancer face à une situation d’extrême précarité. Par ces quelques lignes, nous voulons partager avec vous l’émotion qu’il y avait dans les yeux de ces enfants de la banlieue de N’Djamena en découvrant tous ces livres. Merci pour vos contributions.

Maman d’élèves du Lycée Molière
Membre de l’APAELM




[1] L’indice de Développement Humain (IDH) est un indicateur social élaboré pour le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), composé de trois paramètres: longue vie et santé, éducation et niveau de vie digne.
[2] Principaux éléments de Diagnostic du Secteur de l’Éducation au Tchad, Ministère de l’Éducation du Tchad (2012).

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